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Neuf contes de Margaret Atwood : le pouvoir de l’horreur sur le réel?

lamadeleinecelsa



Ces Neuf contes de Margaret Atwood poussent le lecteur dans ses derniers retranchements. Entre fantastique, horreur et sarcasme, ces courtes histoires sèment de mystérieux indices sans en donner toutes les clés de compréhension.. et c’est ce qui fait leur charme.


J’ai étrangement apprécié me perdre dans ce labyrinthe construit par l’autrice de La Servante Écarlate : revenant sur mes pas une fois la lecture d’un conte terminée, tissant des fils entre des récits tous plus sordides les uns que les autres en essayant d’en trouver le sens… pour, à l’arrivée, avoir plus d’interrogations que de réponses. Car Margaret Atwood manie le suspense aussi bien que les chutes énigmatiques. 


On y entre comme dans un curieux roman avec trois premiers contes ("Alphinland", "Revenante" et "La Dame en Noir") liés par leurs personnages. J’ai d’ailleurs poursuivi ma lecture en pensant que la suite de l’ouvrage suivrait cette logique.

Ces trois histoires n’en forment qu’une en liant trois destins : Constance, écrivaine à succès, est une vieille femme esseulée qui entend la voix de son défunt mari. Elle inclut les personnes qu’elle a côtoyées dans son univers merveilleux : à Alphinland, Gavin, son ancien amant qui a vécu à ses frais pendant qu’il écrivait de la « grande poésie », trouve sa place dans un barrique de vin où il est enfermé pendant cinquante ans.



« Alphinland était son refuge, sa forteresse. C’était l’endroit où elle pouvait aller quand les choses n’allaient pas bien avec Gavin »
« Alphinland », Neuf contes


Marjorie, avec qui il l’a trompée, est piquée chaque jour par cent abeilles… jusqu’à ce que Constance la rencontre et apprenne que Gavin les a autant fait souffrir toutes les deux. 

Et lorsque l’étudiante Naveena arrive chez Gavin et sa nouvelle femme Reynolds qui s’en occupe comme d’un enfant, ce n’est pas à sa poésie qu’elle s’intéresse mais au personnage qu’il pourrait incarner dans l’univers de Constance. Car si l'Alphinland de l'autrice a été maintes fois critiqué comme de la littérature de bas étage, il est devenu un classique de la littérature fantastique.

Ce qu’on imagine être une complicité naît des déboires de chacune, à savoir ce qu’un homme qui se pensait supérieur par son intelligence leur a fait subir. On reconnaît les engagements féministes de Margaret Atwood, dans un registre sarcastique et noir. 


On retrouve ce même registre dans d’autres contes comme "Les vieux au feu", où une vielle femme aveugle se rend compte que sa maison de retraite prend feu. Cette histoire résonne avec la thématique du roman Soleil Vert de Harry Harrisson dans lequel les cadavres des personnes âgées sont recyclés en nourriture pour la population exponentielle de la planète. On rencontre aussi des vampires ou autres créatures fantastiques dans "Lusus Naturae" et "Je rêve de Zenia aux dents rouges", un curieux rappel de Barbe Bleue dans "Le mari lyophilisé", un amant éconduit qui se venge par l’écriture sans savoir qu’il est en train de produire un Best Seller dans "La main morte t’aime", et une vengeance plus concrète dans "Matelas de Pierre".


« Quand les démons sont nécessaires, on trouvera toujours quelqu’un pour jouer ce rôle »
« Lusus Naturae », Neuf contes


Si Margaret Atwood passe par l’horreur et le fantastique pour forcer le trait des relations humaines, cela peut faire réfléchir à notre société bien réelle, où personne ne semble avoir sa place. Car bien que l’autrice ne se prenne jamais au sérieux dans ces contes aussi sombres qu’audacieux, comment ne pas y voir une pointe de réalisme?



Margot Mac Elhone, le 24/11/24

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